La neutralité en termes de dégradation des terres

ntdt

La dégradation des terres constitue un frein au développement durable en impactant l’environnement, la sécurité alimentaire, la fourniture de services par les agroécosystèmes et les conditions de vie des populations. C’est un problème à la fois local, régional et global, qui touche autant les zones sèches que le reste du monde. Dès lors, un effort global, concerté, visant à enrayer et inverser ce phénomène, s’impose. Face à cette situation, la neutralité en termes de dégradation est apparue comme un nouveau concept mobilisateur pour la communauté internationale.

LE CONCEPT

Différents concepts ont émergé des instances internationales, dont celui de neutralité en termes de dégradation des terres (NDT).

La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULD) définit en 2015 la NDT — dans les zones affectées par la désertification — comme « un état où la quantité et la qualité des terres nécessaires pour soutenir les fonctions et les services des écosystèmes et améliorer la sécurité alimentaire restent stables ou augmentent dans le cadre d’écosystème et d’échelle spatiale et temporelle définis ».

La NDT vise à la fois le développement durable et la lutte contre la dégradation des terres en s’articulant autour de deux points fondamentaux :

  • la sécurité alimentaire globale, au travers de la réduction de la dégradation des terres cultivées et la restauration des terres dégradées ;

  • la préservation et la restauration des services rendus par les écosystèmes pour le bien-être des populations.

 

EVOLUTION DES CONCEPTS

2012

  • Concept du Zero net land degradation développé pour les zones sèches (CNULD) en préparation de Rio+20.

  • Cinq paragraphes du texte de Rio+20 consacrés à la lutte contre la désertification dont le § 206 qui évoque la nécessité d’inverser le processus de dégradation des terres et d’arriver au land-degradation neutral world1.

2013

  • Création d’un groupe de travail par la CNULD pour définir la NDT et appuyer sa mise en oeuvre.

  • Mise en place d’un projet pilote par la CNULD, destiné à mettre en oeuvre et suivre le concept NDT dans 14 pays volontaires8.

2015

  • Adoption par les Nations Unies des objectifs de développement durable (ODD) dont l’ODD15 « préserver et remettre en état les écosystèmes terrestres…» et la cible 15.3 « …oeuvrer à la réalisation d’un monde où la dégradation des terres n’est plus un problème ».

  • Adoption de la définition de la NDT par la CNULD et intégration de l’ODD15 et de la cible 15.3 dans la stratégie de mise en oeuvre.

  • Intégration des cibles et projets NDT dans les programmes d’actions nationaux.

  • Sélection d’indicateurs pour suivre et évaluer la mise en oeuvre de la NDT.

  • Élaboration d’options pour accroître incitations et soutiens financiers par le Mécanisme Mondial et projet de création d’un fonds NDT indépendant.

DES DÉFINITIONS
La dégradation des terres est « la réduction ou la perte de la capacité productive et de la complexité biologique ou écologique des terres cultivées non irriguées, des terres cultivées irriguées, des parcours, des pâturages, des forêts du fait de l’utilisation des terres ou d’un ou de plusieurs processus, y compris les processus découlant des activités humaines et des modes de peuplement, tels que l’érosion des sols causée par le vent ou l’eau, la détérioration des propriétés biologiques ou économiques, physiques, chimiques du sol et la disparition à long terme de la végétation naturelle ».
La désertification est « la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines ».

QUELLES STRATEGIES POUR ATTEINDRE LA NDT ?

Selon la CNULD, trois types d’action peuvent inverser la dégradation des terres :

1. Éviter la dégradation et réduire les facteurs de risques dans les terres non dégradées (notamment en adoptant et en intensifiant les pratiques de gestion durable des terres, GDT).
2. Réduire la dégradation des terres (pour celles en voie de dégradation).
3. Restaurer les terres dégradées.

En priorité, il s’agit d’éviter et de réduire la dégradation et ses facteurs et, en dernier lieu, de compenser les dégradations, inévitables ou déjà produites, par la restauration.
Quelle que soit la stratégie, on peut considérer cinq étapes dans sa mise en oeuvre3 .

ETAPES DANS SA MISE EN OEUVRE

Étape 1. Cadrage
Élaboration d’une stratégie de mise en oeuvre de la NDT sur le territoire (échelles d’application, méthodes de diagnostic...)

Étape 2. Zonage/évaluation et cartographie de la dégradation
Classification de l’usage des terres et de l’état de leur dégradation et productivité — à dires d’experts (échelle locale), télédétection (indice NDVI) et/ou modélisation biophysique — pour définir les zones dégradées, leur répartition spatiale et importance quantitative.

Étape 3. Prescription
Prescriptions — techniques, sociales, organisationnelles, humaines — des approches et pratiques de gestion pertinentes pour chaque classe de terre.

Étape 4. Mise en oeuvre des pratiques
GDT, réduction de la dégradation, restauration ou réhabilitation des terres dégradées.

Étape 5. Suivi - évaluation

ACTEURS ET GOUVERNANCE

L’inscription de la NDT dans les ODD lui confère une portée plus globale que dans le cadre de la CNULD : il s’agit de réaliser un monde neutre en matière de dégradation des terres, qui résulterait de la somme des neutralités atteintes nationalement à travers le monde.

Sa mise en oeuvre questionne la gouvernance ainsi que les rôles et positions des acteurs très diversifiés impliqués à différentes échelles, et dont les rapports de force et les modes de coopération vont déterminer les résultats à moyen et long termes. Quelles que soient les modalités retenues, son acceptabilité sociale et les impacts de sa mise en oeuvre détermineront la réussite des actions engagées.
Au niveau national, les cinq étapes de mise en oeuvre se déclinent ainsi3 :
1. Le cadrage vise à élaborer une stratégie d’application de la NDT sur le territoire, le nécessaire dialogue ; il doit être multi-acteurs et peut être regroupé au sein d’un comité de pilotage national.

2. Le zonage/évaluation doit tenir compte des aspects écologiques, socioéconomiques et de la vulnérabilité. La CNULD pourrait proposer un jeu minimal de données afin de guider sa mise en oeuvre. Ce travail serait coordonné par le comité de pilotage avec l’appui d’experts et d’organisations internationales. Des comités locaux, intégrant collectivités territoriales, ONG et organisations communautaires, seraient associés au travail de diagnostic.

3. La prescription sélectionne les projets/activités NDT applicables à chaque territoire. Des lignes directrices, établies sous la responsabilité du comité de pilotage, préciseraient les prescriptions et serviraient de tableau de bord pour la mise en oeuvre. Dans cette dernière, le comité de pilotage national aurait un rôle de coordination et de suiviévaluation. Les comités locaux permettraient d’impliquer durablement les acteurs, collectivités territoriales et représentants des populations. Les acteurs locaux seraient appuyés par des membres des équipes projet et/ou des experts techniques. Des ONG locales serviraient de facilitateurs.

4. La mise en oeuvre des pratiques choisies nécessite des lignes directrices déclinées localement dans le cadre de projets, qu’ils soient financés par des fonds publics ou privés. Quelle que soit la source de financement, les opérateurs peuvent être privés — ONG, entreprises, organisations paysanne… — ou publics — l’État et ses services techniques, déconcentrés, etc. Pour une cohérence territoriale intégrant enjeux environnementaux et enjeux liés à la sécurité alimentaire, la concertation entre ces différents acteurs est fondamentale. Les opérateurs peuvent agir seuls ou en consortiums dans des projets qui respecteraient les lignes directrices. Les collectivités territoriales, garants locaux des lignes directrices, auront un rôle de facilitateur et de médiation entre opérateurs de projet et populations locales. Des scientifiques et des représentants de la société civile auraient un rôle consultatif afin de faciliter la mise en oeuvre des projets au niveau local tout en assurant la prise en compte des besoins des populations.

5. Le suivi-évaluation se décline à l’échelle locale (projets) et nationale. Les indicateurs renseignés au niveau des projets locaux alimentent une base de données nationale qui centralise de manière harmonisée les résultats et doit permettre leur agrégation en termes d’atteinte de la neutralité. L’évaluation des projets locaux sera faite par les porteurs de projet et les acteurs locaux dans une phase d’apprentissage.

OPERATIONNALISATION : LE PROJET PILOTE DE LA CNULD

Depuis 2015, ce projet vise à développer un cadre de mise en oeuvre et de suivi de la NDT dans 14 pays affectés volontaires. À noter :

  • Le cadre institutionnel adopté est le programme d’action national. Une synergie/ complémentarité sera recherchée avec ceux des autres conventions.

  • L’échelle de mise en oeuvre et de suivi de la NDT est nationale, déclinée localement via les sites d’intervention sélectionnés.

  • Les acteurs sont nationaux — équipe chargée de la mise en oeuvre — et internationaux — groupe consultatif interdisciplinaire (pays, privés, ONG internationales, organisations de recherche, organisations internationales).

  • Aspects techniques : des indicateurs de progrès de la CNULD12 — couverture terrestre, changement d’occupation de sol, évolution de la productivité des terres, teneur en carbone organique du sol4 — permettront d’évaluer et cartographier la dégradation des terres au niveau national. Le choix des sites pilotes et du type d’intervention sera basé sur cette cartographie et les classes de
    dégradation des terres9.

Les rapports nationaux sont disponibles sur le site de la Convention*. Pour tous les pays, la cartographie de référence de la dégradation des terres et la détermination des sites prioritaires sont réalisées ainsi que la caractérisation des facteurs de dégradation8. Les cibles nationales, itinéraires, plans d’action et budgets, ne sont pas encore définis. Des recommandations seront tirées de ces rapports, comme celle d’utiliser des données satellitaires plus fines, de définir les limites de validité et d’établir des systèmes nationaux de suivi. La 2e phase du projet s’étendra à 60 pays.


www.unccd.int/en/programmes/RioConventions/RioPlus20/Pages/LDN-Project-Country-Reports.aspx

    Cornet Antoine

    Cornet Antoine

    Directeur de recherche émérite, IRD (France)

    Escadafal Richard

    Escadafal Richard

    Senior scientist IRD at CESBIO, Toulouse (France)

    Amsallem Isabelle

    Amsallem Isabelle

    Rédactrice & éditrice scientifique, (...)

    Bernoux Martial

    Bernoux Martial

    Agropédologue à l’IRD, UMR Eco&Sols (...)

    Bied-Charreton Marc

    Bied-Charreton Marc

    Professeur émérite de l’UVSQ (France)

    Bonnet Bernard

    Bonnet Bernard

    Responsable de Pôle Acteur Ressources et Territoires (...)

    Chassany Jean-Paul

    Chassany Jean-Paul

    Chercheur, Inra (France)

    Hiernaux Pierre

    Hiernaux Pierre

    Agro-écologue, retraité, Caylus, France

    Loireau Maud

    Loireau Maud

    Agronome et géographe, IRD, Montpellier (France) 

    Requier-Desjardins Mélanie

    Requier-Desjardins Mélanie

    Enseignante et chercheure, sciences sociales, IAMM-CIHEAM

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CSFD
Comité Scientifique Français de la Désertification
Agropolis International
1000 avenue Agropolis
F-34394 Montpellier CEDEX 5  France
Tél. : +33 (0)4 67 04 75 73 • courriel : csfd@agropolis.fr

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